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| Nissan Patrol Gr |
Le Patrol fait partie de ces rares véhicules
– comme la Porsche 911 dans un autre registre –
dont la qualité et les capacités ont assuré une
carrière de plusieurs dizaines d'années :
plus d'un demi-siècle en l'occurrence. Le secret
de cette réussite semble résider dans
l'acharnement à utiliser une architecture
originale mais « dépassée » (le
châssis du Patrol ou le moteur en porte-à-faux
arrière de la 911), tout en la perfectionnant au
fil des ans sans céder à la pression du marché
qui pousse à la modernisation. En effet le
nouveau GR (pour Grand Raid) est bien différent
des SUV qui envahissent nos villes depuis
quelques années. |
| Extérieur |
Massif et imposant,
le Patrol ne fait pas dans la dentelle. Il est
plus large que la plupart des gros 4x4 du
marché, et force le respect avec ses énormes
roues, ses pare-chocs proéminents et ses
élargisseurs d'ailes. Pourtant, dans sa livrée
actuelle et une fois nettoyé, il ne vous fera
pas honte si vous l'utilisez pour vous rendre au
théâtre ou au restaurant ! L'aspect
n'est pas anachronique et en tous cas beaucoup
plus chic que les pare-chocs en tube ou les
arêtes anguleuses des anciens 4x4 purs et durs,
avec lesquels il partage pourtant les mêmes
aptitudes.
Le type usine
« Y61 » est identique aux versions
précédentes (depuis 1998) malgré le passage à un
nouveau moteur 4 cylindres à injection directe
depuis 2001. Effectivement les évolutions sur la
caisse sont peu nombreuses : par rapport à
son prédécesseur, on peut le reconnaître à sa
face avant liftée incluant des blocs optiques
« cristal » dans l'ère du temps et des
lave-phares à pression qui ont remplacé les
petits essuie-glace, de nouveaux feux arrière et
un nouveau dessin de jantes. Le reste est
identique, bien que certains éléments commencent
à trahir la conception ancienne comme par
exemple l'antenne télescopique motorisée dans
l'aile avant droite ou les gouttières de toit.
Attention à la
peinture intégrale de série: les pare-chocs et
élargisseurs d'ailes en plastique non peint de
la finition de base sont mieux adaptés à une
utilisation tout-terrain intensive. En effet les
teintes métallisées vernies sont jolies mais
fragiles surtout que la largeur inhabituelle de
l'engin rend certain passages en sous-bois
délicats et les rayures deviennent difficilement
évitables. |
| Intérieur |
L'intérieur est
spacieux – avec de telles dimensions extérieures
on serait surpris du contraire – mais l'accès
aux places arrières est peu aisé avec le châssis
court (pour les passagers arrières autant que
pour le passager avant car son siège n'est pas
muni de mémoire de position et se retrouve
systématiquement avancé au maximum). Sur le
châssis long ce problème est résolu mais le
confort des sièges arrières rabattables n'est
pas comparable aux standards actuels des
monospaces et leur utilisation condamne la quasi
totalité du coffre.
Les sièges
confortables (munis d'accoudoirs à
l'arrière !), l'espace en largeur et les
nombreux rangements spacieux et autres
porte-gobelets sont appréciables en
voyage. Les deux sièges arrières
rabattables indépendamment (châssis court) sont
faciles à manipuler, et l'ouverture en deux
portes asymétriques à l'arrière se révèle très
pratique à l'usage. Les matériaux sont de
qualité et l'ensemble est solide. De plus,
l'insonorisation a encore progressé par rapport
au TD6, notamment aux vitesses de croisière
proches du maximum autorisé en France.
Le niveau
d'équipement est équivalent à celui des berlines
haut de gamme. Citons par exemple les deux
prises 12 Volts, l'antidémarrage, les
rétroviseurs extérieurs dégivrants, les
marchepieds inox, la boussole digitale, le
système audio avec chargeur de CD… Bref on est
loin de la rusticité austère des anciens Patrol
et ainsi paré, le nouveau GR ne souffre pas de
la comparaison avec les SUV et 4x4 luxueux de la
concurrence. |
| Moteur &
transmission |
Le 4 cylindres de
2953 cm3 à injection directe est connu puisqu'il
équipe déjà le GR depuis 3 ans. Il est disposé
longitudinalement à l'avant, développe 158 ch. à
3600 tours/mn et 36,1 mkg à 2000 tours/mn en
boîte auto. Il a remplacé le 6 cylindres en
ligne du TD6 avantageusement en termes de
performances, mais fait perdre au Patrol un son
et une noblesse appréciables au profit d'un
banal claquement caractéristique de diesel, peu
excitant lors des montées en régime et par
ailleurs très présent au démarrage à froid.
D'autre part malgré les chevaux gagnés les
performances et l'agrément de conduite restent
limités sur la route. Avec le niveau de confort
qu'il propose, le Patrol gagnerait beaucoup à
être mieux garni sous le
capot.
D'ailleurs la hausse de poids
ayant accompagné le gain de performances, le GR
2004 n'accélère pas mieux que son ancêtre de 10
ans ! Néanmoins le couple important permet
de ne jamais être vraiment en situation délicate
même dans les côtes, et si l'on adopte une
conduite souple et que l'on n'est pas pressé, on
appréciera de se déplacer sur un filet de gaz
dans une douceur et une sensation de sécurité
peu communes dans les berlines. Enfin, le gain
en consommation par rapport à l'ancien TD6 est
sensible, ce qui permet au final de laisser ce
dernier de côté (presque) sans
regret.
Notre modèle d'essai était
équipée d'une boîte automatique, au
fonctionnement sans reproches. Un calculateur
commute automatiquement entre un mode économique
et un mode plus sportif, mais il est possible de
forcer la commutation, notamment en terrain gras
ou faible adhérence vers un mode
« Hold » qui limite le couple pour
éviter le patinage. Pour le reste, la
transmission suit toujours le même modèle
traditionnel qui a fait ses preuves d'efficacité
et de robustesse à défaut d'innovation : un
pont avant enclenchable et un pont arrière muni
d'un blocage de différentiel (commande
électrique au tableau de bord) sur deux essieux
rigides, le tout avec une boite de transfert et
des moyeux avant automatiques débrayables.
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| Comportement |
Sur la route le
comportement peut dérouter ceux qui ont
l'habitude des petits gabarits. En effet on ne
déplace pas un véhicule de plus de 2 tonnes et
près de 2 mètres de large comme on manie une
Twingo. Néanmoins, et malgré son châssis
indestructible mais loin des standards modernes
de suspension, la tenue de route est très
correcte y compris sur le mouillé, ce qui n'est
pas le cas d'autres véhicules parmi les 4x4 non
permanents.
En bref, si on ne
le brusque pas le Patrol ne vous fera jamais de
mauvaise surprise, mais il est clair que la
conduite sportive s'avère rapidement laborieuse
à cause d'une tendance au sous-virage difficile
à contrer ; toutefois les dérives se font
très progressivement et la conduite n'est pas
pointue comme elle peut l'être avec d'autres
véhicules d'architecture similaire. Les
amortisseurs d'origine sont assez mous, ce qui
contribue à conserver un confort correct (le
défaut traditionnel des 4x4 à essieux rigides),
bien que le châssis court reste assez sautillant
aux places arrières. Les plus sportifs
apprécieront un remplacement par des
amortisseurs plus fermes afin de gagner en
précision de conduite et en vitesse de passage
en courbe.
Enfin le freinage, point
sensible sur une auto aussi lourde, a été
surdimensionné – 4 disques ventilés de 295 mm à
l'avant et 305 mm à l'arrière – ce qui assure
des décélérations sans problème, une endurance
correcte et la capacité de tracter des charges
impressionnantes (plus de 3,5 tonnes). De plus
l'ABS à 3 voies/5 capteurs est très performant
et n'est pas dérouté par les situations
délicates (neige, boue…) grâce à une mesure de
la décélération et un calculateur qui prend ces
informations en compte pour adapter le
fonctionnement aux différents types d'adhérence
rencontrés en fonction du terrain. Toutefois les
amortisseurs très souples favorisent une plongée
importante à l'attaque du freinage, qui peut
dérouter au premier abord. |
| Tout-terrain |
Nous abordons ici le
domaine dans lequel le Patrol est roi ! Dès
les premiers chemins empruntés, on est surpris
par le confort et l'aisance, on sent bien qu'il
a été conçu pour circuler en dehors des routes à
l'asphalte bien lisse. Il dispose d'ailleurs
d'une boîte de transfert bien étagée, une barre
stabilisatrice arrière déconnectable et un
blocage de différentiel arrière (commandes au
tableau de bord). Le système de barre
stabilisatrice déconnectable qui est apparu avec
le modèle 98, innovant à l'époque, permet
d'améliorer le comportement sur route, tout en
ne limitant pas les débattements en
franchissement, ce qui confère à notre 4x4 des
possibilités impressionnantes pour un véhicule
non préparé. Un regret toutefois : sur la
finition de base qui est la plus propice à
l'usage en tout-terrain, le blocage de
différentiel n'est pas
disponible.
 | Notre modèle d'essai
étant chaussé de pneus route, nous étions
préparés à un probable plantage dans les chemins
boueux du Vexin, bien arrosé par la pluie depuis
les derniers jours. A notre grande surprise,
nous n'avons pas eu besoin de salir la sangle,
malgré quelques glissades plus ou moins
artistiques, les pneus étant immédiatement
bourrés. De plus la largeur inhabituelle des
voies et la garde au sol généreuse sont
appréciables pour circuler dans les ornières
sans craindre de mauvaise rencontre entre les
pierres et les carters de pont. De même, la
hauteur relativement faible par rapport à
largeur plus importante que celle des autres 4x4
permet une stabilité supérieure en situation de
dévers. Les obstacles sont donc franchis avec
une facilité déconcertante, d'autant qu'on
bénéficie du couple important lorsqu'il faut
grimper en souplesse et à basse vitesse.
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| Conclusion |
Cette cinquième
génération de Patrol GR est une évolution
réussie, fidèle à son esprit d'origine mais
adapté à une utilisation mixte route/terrain
avec tous les attributs de confort moderne d'une
berline haut de gamme.
Compagnon
baroudeur infatigable en tout-terrain, il ne lui
manque plus qu'une motorisation plus noble et
musclée pour être également le roi de la route…
On aimerait un 6 cylindres à injection
directe !
(c) Julien Caupeil et Jean-Marc Boulier
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